Tristesse

Une âme attendant l'orage pour en être ainsi l'éclair

Tristesse, nourriture du temps, convoi des larmes
Tristesse, à mesure du sang, en proie aux armes
Tristesse, la blessure s’étend et croît loin des charmes
Tristesse, une fissure qui me fend, moi, souverain du vacarme

Un poème qui ne cesse où s’enchevêtre les rimes
Un air qui progresse comme le poison vers son crime
Le coeur, victime de promesses à foison, déprime
La peur assassine mon corps, entre mes cloisons je fulmine

La pupille tremblante et ma poitrine qui se serre
L’esprit loin de ma carcasse alors que je sens mes viscères
Je m’éparpille dans mon accablante mémoire comme se brise une vitrine, un verre
Je ne sais que faire, tristesse si noire, ces rêves que je vise ont grise mine en tes terres

Je déterre mes souvenirs, ancrés en ma sève, circulant en moi
A jamais soudés à mon existence, tels ma subsistance prescrite dès ma naissance
Mes pensées, ces anciennes souffrances, désormais condensées, réduites, cachées avec décence
Interludes telles des sentences au goût rance, cadencées par ma conduite en ce pays froid

Mon présent m’oppresse étant graine de ce futur incertain
Si lointain, sa vision m’agresse, progresse telle la gangrène, à l’usure gagne du terrain
Si proche, me frôle comme une caresse dans ce temps qui s’égraine, un simple lendemain
Si moche est mon passé, mon rôle dans cette pièce est telle une migraine dans un corps sain

Nonchalance d’une ère dure aux visions poignantes, blessantes
Dans la balance des nerfs, sûres sont ces illusions incessantes
Le vrai tue parfois par sa cruauté, arrache larmes au sommeil
Se levait avant brillant comme une royauté mais désormais n’est plus le soleil

Tristesse tu me transperce, broie mes sentiments
Tu me berce comme un vent chaud dans ce froid, endors ma joie
Lorsque perce l’éclaircie, que je me ressaisi, que tu me laisse gentiment
Tu me surprend comme l’averse humilie les rois parés de soie

Tristesse, nourriture de mon sang en proie à mes larmes
Tristesse, à mesure du temps tu m’a fait baisser les armes
Tristesse, la cassure me rend sujet à tes charmes
Tristesse, dans ton silence mes gémissements sont vacarme