Le complexe de l’assassin

Alors où mon cœur explose en mille particules
Les verbes de ma prose se meurent, en noctambules
Acerbes au possible, je me vide de mon sang
Pris pour cible, je m’évanouie de mon monde, si oppressant

Nul innocence en mes entrailles, mon poitrail est une faille
Ma vie braille son histoire, ces brèves notoires, qui m’assaillent
Ma peau tatouée, blessée, bafouée, rouée de coups
Le cyclone m’a tué, celui qui n’a cessé de nouer mon pouls

Ce malaise d’un soir, mal d’une vie entière
Braise des espoirs, je ne peux voir sans œillères
Le regard braqué, sur ces chimères qui me font craquer
Que mes idylles, ces ulcères, ces cauchemars, ont traqué

Opaque vision des choses qui fédère mes larmes, mes cris
Met à sac mes rêves d’osmose, seuls mes nerfs l’ont compris
Mes pensées en sont lugubres, funestes, je marche dans le noir
Insensé j’élucubre ces manifestes, de mots que je mâche sans y croire

Je suis mon propre assaillant, cet ennemi au regard fuyant
Surgissant en rugissant d’un paysage familier et brillant
Lueurs sans perspective, un souvenir tragique, un échec
Tueur en rétrospective, au pouvoir magique intrinsèque

Nul temps pour le soleil, je n’ai que faire de ces rayons
Mes tympans, mes oreilles saignent encore du chant des oiseaux
Néfastes rapaces, corbeaux qui se plaignent, mauvais compagnons
Cet été n’a de place, même beau, en mon corps et ses vieux os

À chacun ses épreuves, sa santé et sa subsistance
Aucune preuve n’est nécessaire, Sa Majesté a bien séance
J’en suis à ramper sous le poids de l’examen
Mon Livre est trempé d’encre noire, souillé de mes mains

Je me suis meurtri. De plusieurs rafales en plein cœur
D’une foi flétrie, mince, sans morale, dépourvue de peur
Les douleurs me torturent, les pleurs jamais ne durent
Seul le péché perdure, malgré le sourire de ma figure

Nuitée de l’âme, promiscuité de l’homme blessé
Cité sombre qu’est ce corps qu’aimerait quitter son essence délaissée
Cette main assassine, de torts, depuis sa naissance n’a cessé
Jamais ne chagrine cette mauvaise poitrine, qui aime à s’oppresser

Je m’incrimine en série, de jour en jour, de l’aube au crépuscule
Lamine mon amour et périt sans recours cette vie qui me brûle
Ma forteresse capitule, la cage s’ouvre, laissant sortir le fauve
D’une défense nulle, mon ciel se couvre sur mes fantasmes roses et mauves

Mort de l’âme est mort de l’être, mort des lendemains
Drames que fait naître l’aurore de mes maints larcins
Ma boite crânienne est sombre, mon cœur en est obscur
Mes œuvres tapies dans l’ombre n’illuminent que mes ratures

Mes complices d’ici-bas, sont si bas, mal intentionnés
Vengeurs des faux pas, suivant des méthodes et discours passionnés
Aux abois et aveuglés, divergeants pour si peu de science
Préférant les petits aux grands, arrogants dans une  “construite ignorance”

Ceux qui m’ont soutenu me repoussent, affamés, avides d’en découdre
À la moindre déconvenue, ils toussent et leur vrais visages se découvrent
Plutôt que de voir vos péchés vous préférez la chair empoisonnée
Vous ne pouvez vous empêcher de libérer cette haine cloisonnée

Ils ont tué l’espoir d’une fraternité si facile, si simple pourtant
Laissant ainsi choir la bonne intention, pour l’abattre à bout portant
J’étais des vôtres avant, sans prétention, mais mauvais dedans
Ô vous les “savants” ! Que vos actions sont viles, maintenant…

Je suis certes assassin, de mon âme et de mon demain
Et je les vois se tuer, comme moi, un drame de leurs mains
La langue est une arme destructrice, du napalm sur nos espoirs
Incendiant nos vieux objectifs, sans larmes, sans voir, sans savoir.

Qui donc est ma victime ? Cette pauvre identité, misérable
Dont la défense est infime, en réalité, elle est si vulnérable
Sans peur de son bourreau, elle lui sourit, confiante
Horreur de ce fléau qui est l’euphorie en cette vie attrayante

Le doigt sur la gâchette, je ne tremble jamais, sûr de moi
Le canon sur ma tête, ma tempe ou sous le palais parfois
Je me tue chaque jour, de balles perçant tout blindage
Et personne n’accourt, je tombe, sous les yeux d’anthropophages

Ces regards fallacieux, aux atours du pieux et cœurs insidieux
Ces discours précieux sans détours, sérieux, à l’expérience du vieux
Paillettes de félons, langues de vipères chantant ses airs de trahisons
Des facettes, qui selon ce qui s’opère, tournent en mentant, d’un accent de floraison

Cette vie de brouillons, de rêves froissés, de chemins effacés
De haines enlacées, de peines amassées aux fins dépassées
Nourrit les esprits vils, les poitrines vides, les âmes en péril, les penseurs perfides
D’un battement de cil la réflexion file, d’un Soi avide d’une vie moins acide

Souffrance ambiguë, intrinsèque et récurrente, dominante
Où ma transe me tue, devance mes pensées lentes
Chaque cartouche qui détonne se fait revanche de mon passé
Cette encre figée comme le sang de la victime qui a trépassé

Mon regard glacé dans ce miroir, ce visage lacéré, meurtri, froissé
Que nul n’aimerait croiser au soir, se veut terré en incompris, seul
Ce suicide de mes rêves n’est que vent d’un homme effacé
Rayé d’une vie trop rapide, sève et essence de ce qu’ils veulent

Ma mélodie se répète sans cesse, tel un rythme de rue
Les mêmes rimes qui me déciment, m’assassinent, me tuent
Du peu de vertu nées, elle trahissent cette piété infortunée
Cette apparence élégante, je n’ai que du sang sur les mains, je suis ruiné

Mon livre s’emplie des écrits de ma honte, je sens les flammes qui montent
Je me livre sans répis aux défaites que j’affronte, c’est fou ce que nos âmes nous mentent
Rien ne me tourmente, de peu je me vante, j’ai perdu ma foi, j’ai perdu la vie
L’or et la soie me fuient, je suis ici ne méritant que la suie, je m’en ravi

J’ai grandi dans les gravas, rêvant des vallées et beaux parvis
Mais le contexte me déprava, et j’en fus esclave, asservi
Ô Allah, je me lève, ce matin encore, couvert de péchés
Mon sang, ma sève, coule en un corps au cœur ébréché

L’œil percé, fuyant, je ne vois guère plus qu’en ces temps
Où la foi m’avait bercé, chauffant ma poitrine, enrageant Satan
Ma vue a baissé, je me suis lassé, trompé par ce diable
La motivation cassée, je me vois tremper dans mes actions déplorables

C’est de cette balle que je me suicide, que je tue mon avenir
Que j’avale ce cyanure acide et vois mon ciel brunir
Assassin de mon temps, de mes rêves, de mon jugement futur
Je n’en ai plus pour longtemps, je crève et mon livre est une rature…

Le Jour approche où le mecréant désirera n’être que poussière
Une Heure atroce où, en rang, nous surgirons des cimetières
À cet instant seule Ta miséricorde me préservera de Ta colère
J’implore donc Ton pardon pour ce désordre, ces méfaits nés de mes artères.